Des
praticiens de médecine conventionnelle (allopathie) et
non-conventionnelle (alternative dite MNC) s’associent pour
défendre une approche globale et partenariale des différentes
disciplines au travers d’une «Alliance pour la santé». Au
lieu d’exclure l’une ou l’autre des médecines, la
médecine intégrative inclut, incorpore, réunit. «La France
sera-t-elle la dernière à adopter une médecine intégrative
?»
Un cri
d’alerte
"La médecine officielle actuelle est périmée car elle traite les
effets et non les causes. Cette médecine qui a pour ambition le
traitement curatif et non la prévention est aujourd’hui à un
tournant de son histoire et doit changer son fusil d’épaule",
déclare le professeur Belpomme, cancérologue, président de
l’Association pour la Recherche Thérapeutique
Anti-Cancéreuse. Il est à l’origine de "l’Appel de
Paris", véritable cri d’alerte lancé en 2004 à l’Unesco
pour la prise en compte des dangers sanitaires de la pollution
chimique.
Le professeur Belpomme, praticien à l’Hôpital européen
Georges Pompidou est le premier à s’exprimer devant une
assemblée de plus de 1000 praticiens, allopathes et non
conventionnels, d’associations de patients ou de simples
citoyens… Le moment peut être qualifié d’historique,
il officialise, en date du 24 novembre 2009, la création de
l’Alliance pour la Santé (1), dont la priorité est de
s’imposer comme un interlocuteur auprès des pouvoirs
publics.
"Pour la première fois en France, des praticiens de la médecine
conventionnelle et non conventionnelle se rassemblent de façon
collégiale et partenariale pour faire émerger et reconnaître une
véritable médecine intégrative dans notre pays" résume Daniel
Kieffer, président de la Fédération Française de Naturopathie et de
l’Union Européenne de Naturopathie.
Une nouvelle vision
La médecine intégrative n’est pas une médecine nouvelle
mais la cohabitation, en bonne intelligence, de toutes les formes
thérapeutiques, dans une approche holistique de la santé.
C’est finalement la rencontre de deux univers, celui de la
médecine scientiste et celui dit des médecines complémentaires ou
non conventionnelles. Il ne s’agit pas de renier
l’apport de la science "qui a démontré son efficacité en
médecine d’urgence, en chirurgie, dans le traitement des
maladies infectieuses, en sauvant quotidiennement des vies",
rappelle le professeur Belpomme. Au lieu d’exclure
l’une ou l’autre des médecines allopathique ou
alternative, la médecine intégrative inclut, incorpore, réunit.
"Elle utilise conjointement la médecine académique et toutes les
médecines alternatives (homéopathie, acupuncture, phytothérapie,
aromathérapie, oligothérapie, hypnose, EMDR (2), EFT (3),
chiropratique (4), magnétisme, radiesthésie, reiki, qi gong, etc.)
pour comprendre l’apparition des maladies et indiquer les
traitements appropriés" précise le docteur Luc Bodin, diplômé en
cancérologie clinique, spécialisé en médecines douces (acupuncture,
nutrition, ostéopathie), et enseignant en médecine énergétique.
"Elle a pour spécificité de soigner les trois aspects de
l’être humain – le physique, le psychique et
l’énergétique –, qui agissent en synergie pour nous
maintenir en bonne santé", ajoute le docteur, auteur du "guide de
la médecine globale et intégrative".
La médecine intégrative
Si le mouvement intégratif est peu connu en France, il s’est
développé aux États-Unis depuis une trentaine d’années, rendu
populaire par des médecins comme Andrew Weil, Deepak Chopra, Larry
Dossey ou Bernie Siegel. De véritables centres de soins y
pratiquent des approches conjuguées. Le Chopra Center, fondé par
Deepak Chopra en 1996 sur une approche "corps-esprit", intègre
méditation, herboristerie, yoga et soins ayurvédiques , et obtient
de très bons résultats chez les patients cancéreux. David
Servan-Schreiber, médecin psychiatre français, a dirigé de 2000 à
2002 aux États-Unis, le Centre Duke de médecine intégrative,
pionnier dans l’intégration de différentes disciplines
corps-esprit.
"La médecine intégrative nous invite à regarder en dehors du cadre
que nous nous imposons et à comprendre qu’il n’y a pas
véritablement de distinction entre conventionnelle et douce, sauf
dans notre esprit", témoigne le docteur Sherman, médecin de famille
canadien. "Guérir, c’est guérir. Si là est notre objectif,
nous nous rendrons rapidement compte que toutes les pratiques de
guérison, orthodoxes ou de médecine douce, peuvent être
complémentaires si elles sont utilisées de manière appropriée et
judicieuse. C’est là le but de la médecine intégrative."
Reconnue
outre-atlantique
La médecine intégrative fait l’objet d’un enseignement
au sein d’un consortium de 35 facultés de médecine aux
États-Unis et 4 au Canada avec, parmi elles, de véritables
institutions médicales telles que la Harvard Medical School,
l’université Stanford, l’université McMaster et
l’université de Calgary.
"Des centres de soins en médecine intégrative existent dans une
douzaine d’états américains, en Chine, en Nouvelle-Zélande,
au Canada, en Inde, en Grande-Bretagne ; la France sera peut-être
le dernier pays à s’y ouvrir", souligne Daniel Kieffer. Cette
question est un sujet de préoccupation de l’OMS qui a classé
les pays en 3 catégories : intégratif, inclusif, tolérant (5)
:
- Dans un système intégratif, la médecine traditionnelle non
conventionnelle (MNC) est officiellement reconnue et intégrée dans
tous les domaines de l’offre de soins de santé. Ses thérapies
sont disponibles dans les hôpitaux et cliniques, le traitement est
remboursé par la sécurité sociale, la recherche appropriée est
effectuée et l’enseignement reconnu.
Un système inclusif reconnaît les thérapies non conventionnelles,
mais ne les a pas encore intégrées à tous les aspects des soins de
santé.
Enfin, dans les pays qui ont adopté un système tolérant, le système
de santé est entièrement basé sur l’allopathie, certaines
pratiques thérapeutiques alternatives étant simplement tolérées par
la loi.
La France, hors catégorie
!
En France, le libre accès à ce pluralisme est rendu difficile par
le dogmatisme du monde académique et le poids particulier des
lobbies pharmaceutiques. Sur le terrain des MNC, thérapeutes et
patients sont en avance sur la législation française, parfois en
infraction vis-à-vis de la communauté européenne. "Et nous sommes
la risée de nos confrères européens chez lesquels les lois
autorisent ce partenariat entre médecine conventionnelle et MNC et
ouvrent la voie à un système intégratif", déclare Daniel
Kieffer.
"Il s’agit pourtant de mettre fin à une situation souvent
absurde où les médecins allopathes qui s’aventurent en marge
des traitements conventionnels sont réprimandés et où les
thérapeutes non-médecins subissent un certain nombre de poursuites
pour exercice illégal de la médecine", déplore Maître Isabelle
Robard, docteur en droit. Cette avocate œuvre depuis plus de
15 ans pour la défense des MNC en France et en Europe. C’est
elle qui a largement présidé au travail juridique mené par le
parlement européen en 1997, permettant le vote d’une
résolution sur le terme de médecines non conventionnelles, seul
terme juridique dédié. Son impact a été colossal. Depuis, les états
ont considérablement changé leur législation pour reconnaître ces
pratiques au Portugal, en Belgique, Espagne ou
Grande-Bretagne.
Si des avancées majeures ont été obtenues ces dix dernières années,
la récente inscription dans la Constitution de la confédération
helvétique de l’article 18 stipulant que "La Confédération et
les cantons pourvoient, dans les limites de leurs compétences
respectives, à la prise en compte des médecines complémentaires",
laisse rêveur quant au chemin qui reste encore à parcourir en
France pour y parvenir. Cet article a été plébiscité, recueillant
67% de votants, faisant de la Suisse un pays qui reconnaît les MNC
comme légitimes et indispensables au système de santé. Cet
amendement permet d’assurer la prise en charge par
l’assurance maladie de la médecine anthroposophique,
l´homéopathie, la thérapie neurale (qui prend en compte l´idée
d´une transmission d´énergie manuelle à la frontière entre médecine
et foi), la phytothérapie et la médecine chinoise
traditionnelle.
L'Europe et la "Charte
d'Amsterdam"
Au plan européen, le libre choix des patients a été affirmé dans la
déclaration sur la promotion du droit des patients en Europe ou
"Charte d’Amsterdam" qui stipule que "Chacun a le droit de
recevoir les soins correspondants à ses besoins, y compris les
mesures préventives et des activités de promotion de santé"
précisant que "chacun a le droit de choisir son médecin ou tout
autre dispensateur de soins".
Autre avancée majeure, la légalisation sur les compléments
alimentaires, obtenue par la directive européenne 2002/46 du 10
juin 2002, transposée en droit français seulement en 2006 après que
la France ait été condamnée par la cour de justice européenne. Les
compléments alimentaires constituent l’instrument de travail
des thérapeutes non médecins, à mi-chemin entre l’aliment et
le médicament.
Enfin, le droit au refus de soin a été consacré en France au
travers de la loi sur les droits des malades et de la fin de vie du
22 avril 2005. "Si les choses changent dans ce pays, le paysage
n’est pas idyllique", analyse Isabelle Robard et de nombreux
blocages demeurent. Afin de mieux respecter le libre choix
thérapeutique, l’avocate propose d’une part que soit
créé un Institut de recherche et d’expérimentation des
thérapeutiques, d’autre part que soit inscrit dans le code de
déontologie des médecins le droit de recourir à toute forme de
soins utile dans l’intérêt des patients. Enfin, la juriste
œuvre à la légalisation des professionnels de santé
non-médecins organisés (code de déontologie, éthique) et de la
profession d’éducateur de santé, une proposition retenue par
le conseil économique et social en 2003 à l’issue d’un
rapport sur la prévention en matière de santé. "Si rien n’est
fait, nous allons observer un phénomène d’évasion médicale,
du moins pour ceux qui en auront les moyens financiers",
prévient-elle.
En Allemagne, les praticiens homéopathes non-médecins exercent
depuis deux siècles et le statut de praticien de santé
"heilpraktiker" y est instauré depuis 1939. En Grande-Bretagne, on
compte 2 500 homéopathes non-médecins pour 600 médecins
homéopathes. Aux Pays-Bas, pays comparable à la France pour son
monopole médical, une loi de novembre 1993 a consacré
l’existence d’un droit global à exercice pour les
non-médecins. En Italie, la région piémontaise a légalisé en 2002
les professions d’ostéopathes, chiropracteurs, naturopathes,
praticiens de shiatsu, médecine chinoise et médecine
anthroposophique. En Espagne, dès 1989, le tribunal relaxait les
non-médecins, même si aucun texte écrit ne consacrait leur
existence en considérant que, dès lors que ces pratiques ne sont
pas enseignées en faculté de médecine, elles sortent du champ
médical.
L’Alliance pour la santé entend peser pour un
développement des médecines non conventionnelles dans les réseaux
de soins, avec pour finalité l’accès de tous à une médecine
préventive. L’enjeu véritable est de proposer une alternative
à la marchandisation de la santé et d’instaurer une politique
prosanté dans le respect des forces d’autoguérison.
Constat d'échec
La médecine scientiste a échoué à guérir des maladies telles que
les cancers, le sida, la maladie d’Alzheimer, et son
efficacité est cruellement mise en défaut sur les maladies
chroniques, nosocomiales et iatrogènes pour lesquelles le nombre de
décès dépasse chaque année en France celui du nombre de tués sur
les routes. On se concentre sur la disparition des symptômes et les
malades sont condamnés à prendre des traitements toute leur
vie.
Remettre la prévention au cœur
du système de santé
"En Chine ancienne, le médecin se moquait des soins curatifs. Il
disait que soigner à ce stade était de commencer à forger des armes
après que la guerre fut déclarée. Il considérait la chirurgie comme
le rattrapage des mauvais traitements et la prévention comme
l’apanage du bon médecin. Et il n’était plus question
de payer son médecin si on tombait malade. Aujourd’hui,
c’est l’inverse : la prévention n’a pas de
cotation mais les bilans de masse pour la détection du cancer sont
remboursés. Pourtant, quand il est détecté, le cancer est déjà là
depuis longtemps. Et une simple prise de pouls chinois aurait pu
révéler précocement un déséquilibre et enclencher une vraie
prévention."
Par ce rappel historique, le docteur Catherine Billod, homéopathe,
experte en approche pluridisciplinaire de la santé, voit dans
l’émergence de la médecine intégrative l’occasion de
remettre la prévention au cœur du système de santé. La
médecine traditionnelle chinoise, l’ayurvéda, la naturopathie
sont des médecines préventives qui activent les forces
d’auto-guérison et enseignent l’art de vivre en bonne
santé. "La diététique, le mode de vie et la pensée sont les trois
vecteurs de base de l’ayurvéda, premier système de santé de
l’humanité", présente Kiran Vyas, ancien élève du centre
d’éducation de Sri Aurobindo, aujourd’hui dédié à
l’ayurvéda, directeur d’école et fondateur des centres
Tapovan. "S’ajoute un quatrième vecteur, le médicament, pour
nous, aidera à nous adapter aux déséquilibres qui surviennent
(changements de saisons, comportements, deuils, déprime)."
"Le naturopathe a pour fonction fondamentale d’être un
éducateur de santé", poursuit Daniel Kieffer. "La naturopathie est
l’art et la science de rester en bonne santé ; elle apprend
comment entretenir sa force vitale et réveiller, le cas échéant,
ses capacités de régénérescence."
Prendre en compte toutes les dimensions de l'humain
Le point commun de ces médecines traditionnelles est de prendre en
compte l’humain dans sa dimension énergétique, de considérer
l’énergie comme le grand principe de la vie qu’on
l’appelle vitalisme, prana ou qi. A l’interface entre
les plans physique, psychique, émotionnel et spirituel se trouve le
plan énergétique. "La physique quantique nous a appris que
l’être humain est un amas d’énergie bien avant
d’être un élément physique ou chimique", précise le docteur
Bodin. La découverte de cette dimension énergétique est le point de
rencontre entre la science et les MNC, qui convergent vers
l’entretien de la vitalité et le rétablissement des énergies
vitales, voilà la médecine du troisième millénaire qui se met en
place. "Cette santé n’appartient à aucune médecine, mais
c’est le médecin qui sommeille à l’intérieur du malade
qui a tout pouvoir", conclut Daniel Kieffer. q
Par Nathalie Petit
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