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LA MEDECINE INTEGRATIVE par Nathalie Petit  (ARTICLES ET EXTRAITS) posté le vendredi 29 janvier 2010 08:57

medecine intégrative, collaboration allotpathie et medecines naturelles, Alliance pour la santé

Des praticiens de médecine conventionnelle (allopathie) et non-conventionnelle (alternative dite MNC) s’associent pour défendre une approche globale et partenariale des différentes disciplines au travers d’une «Alliance pour la santé». Au lieu d’exclure l’une ou l’autre des médecines, la médecine intégrative inclut, incorpore, réunit. «La France sera-t-elle la dernière à adopter une médecine intégrative ?»

 

Un cri d’alerte
"La médecine officielle actuelle est périmée car elle traite les effets et non les causes. Cette médecine qui a pour ambition le traitement curatif et non la prévention est aujourd’hui à un tournant de son histoire et doit changer son fusil d’épaule", déclare le professeur Belpomme, cancérologue, président de l’Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse. Il est à l’origine de "l’Appel de Paris", véritable cri d’alerte lancé en 2004 à l’Unesco pour la prise en compte des dangers sanitaires de la pollution chimique.
Le professeur Belpomme, praticien à l’Hôpital européen Georges Pompidou est le premier à s’exprimer devant une assemblée de plus de 1000 praticiens, allopathes et non conventionnels, d’associations de patients ou de simples citoyens… Le moment peut être qualifié d’historique, il officialise, en date du 24 novembre 2009, la création de l’Alliance pour la Santé (1), dont la priorité est de s’imposer comme un interlocuteur auprès des pouvoirs publics.
"Pour la première fois en France, des praticiens de la médecine conventionnelle et non conventionnelle se rassemblent de façon collégiale et partenariale pour faire émerger et reconnaître une véritable médecine intégrative dans notre pays" résume Daniel Kieffer, président de la Fédération Française de Naturopathie et de l’Union Européenne de Naturopathie.

Une nouvelle vision

La médecine intégrative n’est pas une médecine nouvelle mais la cohabitation, en bonne intelligence, de toutes les formes thérapeutiques, dans une approche holistique de la santé. C’est finalement la rencontre de deux univers, celui de la médecine scientiste et celui dit des médecines complémentaires ou non conventionnelles. Il ne s’agit pas de renier l’apport de la science "qui a démontré son efficacité en médecine d’urgence, en chirurgie, dans le traitement des maladies infectieuses, en sauvant quotidiennement des vies", rappelle le professeur Belpomme. Au lieu d’exclure l’une ou l’autre des médecines allopathique ou alternative, la médecine intégrative inclut, incorpore, réunit. "Elle utilise conjointement la médecine académique et toutes les médecines alternatives (homéopathie, acupuncture, phytothérapie, aromathérapie, oligothérapie, hypnose, EMDR (2), EFT (3), chiropratique (4), magnétisme, radiesthésie, reiki, qi gong, etc.) pour comprendre l’apparition des maladies et indiquer les traitements appropriés" précise le docteur Luc Bodin, diplômé en cancérologie clinique, spécialisé en médecines douces (acupuncture, nutrition, ostéopathie), et enseignant en médecine énergétique. "Elle a pour spécificité de soigner les trois aspects de l’être humain – le physique, le psychique et l’énergétique –, qui agissent en synergie pour nous maintenir en bonne santé", ajoute le docteur, auteur du "guide de la médecine globale et intégrative".


La médecine intégrative

Si le mouvement intégratif est peu connu en France, il s’est développé aux États-Unis depuis une trentaine d’années, rendu populaire par des médecins comme Andrew Weil, Deepak Chopra, Larry Dossey ou Bernie Siegel. De véritables centres de soins y pratiquent des approches conjuguées. Le Chopra Center, fondé par Deepak Chopra en 1996 sur une approche "corps-esprit", intègre méditation, herboristerie, yoga et soins ayurvédiques , et obtient de très bons résultats chez les patients cancéreux. David Servan-Schreiber, médecin psychiatre français, a dirigé de 2000 à 2002 aux États-Unis, le Centre Duke de médecine intégrative, pionnier dans l’intégration de différentes disciplines corps-esprit.
"La médecine intégrative nous invite à regarder en dehors du cadre que nous nous imposons et à comprendre qu’il n’y a pas véritablement de distinction entre conventionnelle et douce, sauf dans notre esprit", témoigne le docteur Sherman, médecin de famille canadien. "Guérir, c’est guérir. Si là est notre objectif, nous nous rendrons rapidement compte que toutes les pratiques de guérison, orthodoxes ou de médecine douce, peuvent être complémentaires si elles sont utilisées de manière appropriée et judicieuse. C’est là le but de la médecine intégrative."

Reconnue outre-atlantique
La médecine intégrative fait l’objet d’un enseignement au sein d’un consortium de 35 facultés de médecine aux États-Unis et 4 au Canada avec, parmi elles, de véritables institutions médicales telles que la Harvard Medical School, l’université Stanford, l’université McMaster et l’université de Calgary.
"Des centres de soins en médecine intégrative existent dans une douzaine d’états américains, en Chine, en Nouvelle-Zélande, au Canada, en Inde, en Grande-Bretagne ; la France sera peut-être le dernier pays à s’y ouvrir", souligne Daniel Kieffer. Cette question est un sujet de préoccupation de l’OMS qui a classé les pays en 3 catégories : intégratif, inclusif, tolérant (5) :
- Dans un système intégratif, la médecine traditionnelle non conventionnelle (MNC) est officiellement reconnue et intégrée dans tous les domaines de l’offre de soins de santé. Ses thérapies sont disponibles dans les hôpitaux et cliniques, le traitement est remboursé par la sécurité sociale, la recherche appropriée est effectuée et l’enseignement reconnu.
Un système inclusif reconnaît les thérapies non conventionnelles, mais ne les a pas encore intégrées à tous les aspects des soins de santé.
Enfin, dans les pays qui ont adopté un système tolérant, le système de santé est entièrement basé sur l’allopathie, certaines pratiques thérapeutiques alternatives étant simplement tolérées par la loi.

La France, hors catégorie !
En France, le libre accès à ce pluralisme est rendu difficile par le dogmatisme du monde académique et le poids particulier des lobbies pharmaceutiques. Sur le terrain des MNC, thérapeutes et patients sont en avance sur la législation française, parfois en infraction vis-à-vis de la communauté européenne. "Et nous sommes la risée de nos confrères européens chez lesquels les lois autorisent ce partenariat entre médecine conventionnelle et MNC et ouvrent la voie à un système intégratif", déclare Daniel Kieffer.
"Il s’agit pourtant de mettre fin à une situation souvent absurde où les médecins allopathes qui s’aventurent en marge des traitements conventionnels sont réprimandés et où les thérapeutes non-médecins subissent un certain nombre de poursuites pour exercice illégal de la médecine", déplore Maître Isabelle Robard, docteur en droit. Cette avocate œuvre depuis plus de 15 ans pour la défense des MNC en France et en Europe. C’est elle qui a largement présidé au travail juridique mené par le parlement européen en 1997, permettant le vote d’une résolution sur le terme de médecines non conventionnelles, seul terme juridique dédié. Son impact a été colossal. Depuis, les états ont considérablement changé leur législation pour reconnaître ces pratiques au Portugal, en Belgique, Espagne ou Grande-Bretagne.
Si des avancées majeures ont été obtenues ces dix dernières années, la récente inscription dans la Constitution de la confédération helvétique de l’article 18 stipulant que "La Confédération et les cantons pourvoient, dans les limites de leurs compétences respectives, à la prise en compte des médecines complémentaires", laisse rêveur quant au chemin qui reste encore à parcourir en France pour y parvenir. Cet article a été plébiscité, recueillant 67% de votants, faisant de la Suisse un pays qui reconnaît les MNC comme légitimes et indispensables au système de santé. Cet amendement permet d’assurer la prise en charge par l’assurance maladie de la médecine anthroposophique, l´homéopathie, la thérapie neurale (qui prend en compte l´idée d´une transmission d´énergie manuelle à la frontière entre médecine et foi), la phytothérapie et la médecine chinoise traditionnelle.

L'Europe et la  "Charte d'Amsterdam"
Au plan européen, le libre choix des patients a été affirmé dans la déclaration sur la promotion du droit des patients en Europe ou "Charte d’Amsterdam" qui stipule que "Chacun a le droit de recevoir les soins correspondants à ses besoins, y compris les mesures préventives et des activités de promotion de santé" précisant que "chacun a le droit de choisir son médecin ou tout autre dispensateur de soins".
Autre avancée majeure, la légalisation sur les compléments alimentaires, obtenue par la directive européenne 2002/46 du 10 juin 2002, transposée en droit français seulement en 2006 après que la France ait été condamnée par la cour de justice européenne. Les compléments alimentaires constituent l’instrument de travail des thérapeutes non médecins, à mi-chemin entre l’aliment et le médicament.
Enfin, le droit au refus de soin a été consacré en France au travers de la loi sur les droits des malades et de la fin de vie du 22 avril 2005. "Si les choses changent dans ce pays, le paysage n’est pas idyllique", analyse Isabelle Robard et de nombreux blocages demeurent. Afin de mieux respecter le libre choix thérapeutique, l’avocate propose d’une part que soit créé un Institut de recherche et d’expérimentation des thérapeutiques, d’autre part que soit inscrit dans le code de déontologie des médecins le droit de recourir à toute forme de soins utile dans l’intérêt des patients. Enfin, la juriste œuvre à la légalisation des professionnels de santé non-médecins organisés (code de déontologie, éthique) et de la profession d’éducateur de santé, une proposition retenue par le conseil économique et social en 2003 à l’issue d’un rapport sur la prévention en matière de santé. "Si rien n’est fait, nous allons observer un phénomène d’évasion médicale, du moins pour ceux qui en auront les moyens financiers", prévient-elle.
En Allemagne, les praticiens homéopathes non-médecins exercent depuis deux siècles et le statut de praticien de santé "heilpraktiker" y est instauré depuis 1939. En Grande-Bretagne, on compte 2 500 homéopathes non-médecins pour 600 médecins homéopathes. Aux Pays-Bas, pays comparable à la France pour son monopole médical, une loi de novembre 1993 a consacré l’existence d’un droit global à exercice pour les non-médecins. En Italie, la région piémontaise a légalisé en 2002 les professions d’ostéopathes, chiropracteurs, naturopathes, praticiens de shiatsu, médecine chinoise et médecine anthroposophique. En Espagne, dès 1989, le tribunal relaxait les non-médecins, même si aucun texte écrit ne consacrait leur existence en considérant que, dès lors que ces pratiques ne sont pas enseignées en faculté de médecine, elles sortent du champ médical.
 L’Alliance pour la santé entend peser pour un développement des médecines non conventionnelles dans les réseaux de soins, avec pour finalité l’accès de tous à une médecine préventive. L’enjeu véritable est de proposer une alternative à la marchandisation de la santé et d’instaurer une politique prosanté dans le respect des forces d’autoguérison.

Constat d'échec
La médecine scientiste a échoué à guérir des maladies telles que les cancers, le sida, la maladie d’Alzheimer, et son efficacité est cruellement mise en défaut sur les maladies chroniques, nosocomiales et iatrogènes pour lesquelles le nombre de décès dépasse chaque année en France celui du nombre de tués sur les routes. On se concentre sur la disparition des symptômes et les malades sont condamnés à prendre des traitements toute leur vie.

Remettre la prévention au cœur du système de santé
"En Chine ancienne, le médecin se moquait des soins curatifs. Il disait que soigner à ce stade était de commencer à forger des armes après que la guerre fut déclarée. Il considérait la chirurgie comme le rattrapage des mauvais traitements et la prévention comme l’apanage du bon médecin. Et il n’était plus question de payer son médecin si on tombait malade. Aujourd’hui, c’est l’inverse : la prévention n’a pas de cotation mais les bilans de masse pour la détection du cancer sont remboursés. Pourtant, quand il est détecté, le cancer est déjà là depuis longtemps. Et une simple prise de pouls chinois aurait pu révéler précocement un déséquilibre et enclencher une vraie prévention."
Par ce rappel historique, le docteur Catherine Billod, homéopathe, experte en approche pluridisciplinaire de la santé, voit dans l’émergence de la médecine intégrative l’occasion de remettre la prévention au cœur du système de santé. La médecine traditionnelle chinoise, l’ayurvéda, la naturopathie sont des médecines préventives qui activent les forces d’auto-guérison et enseignent l’art de vivre en bonne santé. "La diététique, le mode de vie et la pensée sont les trois vecteurs de base de l’ayurvéda, premier système de santé de l’humanité", présente Kiran Vyas, ancien élève du centre d’éducation de Sri Aurobindo, aujourd’hui dédié à l’ayurvéda, directeur d’école et fondateur des centres Tapovan. "S’ajoute un quatrième vecteur, le médicament, pour nous, aidera à nous adapter aux déséquilibres qui surviennent (changements de saisons, comportements, deuils, déprime)."
"Le naturopathe a pour fonction fondamentale d’être un éducateur de santé", poursuit Daniel Kieffer. "La naturopathie est l’art et la science de rester en bonne santé ; elle apprend comment entretenir sa force vitale et réveiller, le cas échéant, ses capacités de régénérescence."

Prendre en compte toutes les dimensions de l'humain

Le point commun de ces médecines traditionnelles est de prendre en compte l’humain dans sa dimension énergétique, de considérer l’énergie comme le grand principe de la vie qu’on l’appelle vitalisme, prana ou qi. A l’interface entre les plans physique, psychique, émotionnel et spirituel se trouve le plan énergétique. "La physique quantique nous a appris que l’être humain est un amas d’énergie bien avant d’être un élément physique ou chimique", précise le docteur Bodin. La découverte de cette dimension énergétique est le point de rencontre entre la science et les MNC, qui convergent vers l’entretien de la vitalité et le rétablissement des énergies vitales, voilà la médecine du troisième millénaire qui se met en place. "Cette santé n’appartient à aucune médecine, mais c’est le médecin qui sommeille à l’intérieur du malade qui a tout pouvoir", conclut Daniel Kieffer. q
Par Nathalie Petit

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